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Claude Vigée
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L'alsacien

Appelé en français « alsacien », « dialecte alsacien », « langue alsacienne » ou parfois même « patois alsacien», l'Elsässisch désigne l'ensemble des idiomes germaniques historiquement parlés en Alsace. L'implantation de ces parlers dans cette région remonte au IVème siècle, époque à laquelle les Allamands s'y établirent.
Le terme Elsässisch est générique : il recouvre tous les dialectes alémaniques employés en Alsace et le francique rhénan, un autre dialecte germanique parlé à l'extrême nord du territoire (ainsi que dans une partie de la Moselle et dans plusieurs régions allemandes).
Malgré quelques différences dialectales, l'intercompréhension est facile entre Alsaciens du nord, Alsaciens du sud et Mosellans, les règles syntaxiques et les racines lexicales allemandes étant communes.

L'implantation ancienne (depuis le Moyen Age) de nombreuses communautés juives en Alsace et en Moselle a aussi donné naissance à une autre langue : le judéo-alsacien ou Jéddischdaitsch. Il s'agit d'un dialecte germanique auquel s'est ajouté un important substrat de mots hébreus et araméens (environ 30% du lexique) et une prononciation particulière. Le judéo-alsacien appartient à la grande famille des langues yiddish occidentales. C'est la langue que parlaient les grands-parents de Claude Vigée. Elle peut s'écrire avec l'alphabet latin comme avec l'alphabet hébreu.

Aujourd'hui, l'utilisation de l'alsacien décline au profit de l'apprentissage de « l'allemand standard ». Quant au judéo-alsacien, il a quasiment été annihilé par la mort et l'exode d'une majorité de ses locuteurs durant la Seconde Guerre mondiale.

Exemple d'une phrase dans les trois langues :

(Allemand) Ich kaufe Brot für die Mama, denn wir haben kein(e)s mehr.
(Alsacien) Ich köyf Brot fer d' Mamme, mir hànn kenns meh.
(Yiddish) Ish kaf Brout fer d' Mamme, mir hàbn keynes mey.
(j'achète du pain pour ma maman car nous n'en avons plus)



Shoah

Shoah signifie en hébreu "anéantissement", mais aussi "cataclysme", "catastrophe".
Ce terme désigne l'extermination du peuple juif perpétrée par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Entre 1941 et 1945, les autorités allemandes ont traqué puis déporté, parfois avec l'aide des gouvernements des pays dominés comme la France, les trois quarts des Juifs d'Europe dans des camps de concentration et d'extermination (dont le plus tristement célèbre est Auschwitz-Birkenau, en Pologne). Dans ces camps les Juifs étaient assassinés par gazage, épuisement au travail forcé, expériences « médicales » ou encore tortures. Le bilan de ce crime de masse, administré et industrialisé, fut alourdi par un grand nombre d'attaques (pogroms) et exécutions sommaires hors des camps. Au total, ce sont plus de 5 millions de Juifs qui furent assassinés (vieillards, femmes et enfants compris), dont environ 80 000 Juifs de France.

Ces tragiques évènements ont donné naissance à la notion juridique de « crime contre l'humanité », utilisée aujourd'hui dans certains procés.



Juifs ashkénazes

Le terme ashkenaze désigne dans la Bible (Jérémie, LI : 27) un royaume que le prophète appelle à la guerre contre Babylone (empire antique de Mésopotamie).
A partir du Xème siècle le mot désigne les communautés juives installées dans les régions de Metz, Cologne, Mayence, Trèves etc. Au fil des siècles et au gré des mouvements de population, le terme ashkenaze s'est étendu à toutes les communautés juives d'Alsace-Moselle, d'Allemagne, d'Autriche, de toute l'Europe de l'Est (Russie incluse) et même d'Europe du Nord. Il existe une culture ashkénaze particulière, que l'on oppose le plus souvent à la culture sépharade des Juifs de la Péninsule Ibérique et d'Afrique du Nord (il existe par ailleurs beaucoup d'autres cultures juives).
Les Ashkenazim (ou Ashkénazes) se caractérisent, entre autre, par leur langue, le yiddish (juif), parler germanique enrichi de mots hébreux, araméens et parfois slaves. Il existe de nombreux dialectes yiddish mais ils sont intercompréhensibles.
En Europe Centrale et de l'Est, les Ashkénazes ont également une musique qui leur est propre, née au XVème siècle, le klezmer (germanisation de l'hébreu k'li zemer : instrument de chant, de musique), mélange parfait d'influences moyen-orientales, slaves et tziganes.
Les Ashkénazes représentaient avant la Shoah plus de 80% de la population juive mondiale. Aujourd'hui la majorité d'entre eux vit en Israël et aux Etats-Unis.



L'exode de 1939

Dès septembre 1939, lorsque la guerre éclate, le gouvernement français oblige à l'exode les Alsaciens et les Mosellans qui vivent au milieu de la zone de combat, entre la ligne Maginot et la ligne Siegfried. A pied, abandonnant maisons, commerces, bétail et effets personnels, des milliers de personnes sont ainsi jetées sur les routes et gagnent, le plus souvent à pied, les gares de la région pour être évacuées vers le sud et l'ouest. Après l'offensive allemande de mai 1940, une nouvelle vague de réfugiés, encore plus inorganisée, part vers le sud pour fuir les combats. Une majorité de ces personnes sont expédiées vers le Poitou-Charentes, le Périgord et le Limousin. A leur arrivée, rien n'est prévu pour les accueillir. Si certains bénéficient d'une solidarité et d'un accueil spontannés de la part des autochtones, d'autres rencontrent une forte hostilité, notamment les germanophones exclusifs que l'on n'hésite pas à appeler « boches » ou « ya-ya ». Certains d'entre eux sont sommairement installés dans des granges en ruines ou des masures insalubres. D'autres, bien reçus, échangent beaucoup avec leurs hôtes, certains enfants alsaciens apprenant, par exemple, l'occitan en quelques semaines et enseignant les bases de leur dialecte germanique à leurs jeunes amis limousins.
Beaucoup de ces Alsaciens et Mosellans rentrent chez eux après la signature de l'armistice le 22 juin 1940, mais quelques semaines plus tard leur région est annexée de facto par l'Allemagne nazie. La Moselle est rattachée à la Sarre et au Palatinat pour former le Gau Westmark, sous l'autorité du Gauleiter (préfet) Josef Bürckel tandis que l'Alsace forme avec le Pays de Bade le Gau Oberrhein sous l'autorité du Gauleiter Robert Wagner. Des administrations civiles allemandes s'établissent dans ces nouvelles provinces et mettent en place les ressorts d'une politique destinée à germaniser et à nazifier en moins de dix ans ces territoires considérés comme allemands.

C'est pourquoi les familles juives exilées d'Alsace et de Moselle (comme celle de Claude Vigée) ne purent pas, après 1940, rentrer chez elles.



La lutte de Jacob avec l'ange

Jacob est un patriarche biblique, il est le fils de Isaac et le petit-fils d'Abraham. Son histoire, largement légendaire et anecdotique, est racontée dans la Génèse (Gn 25-40). Plusieurs des récits très anciens du livre de la Genèse sont étiologiques : ils veulent expliquer une situation, une coutume, un nom, etc. Cela semble être le cas de l'histoire de la lutte de Jacob avec l'ange. Il s'agit en réalité d'un combat avec Dieu (dans les textes les plus anciens Dieu et anges ne font qu'un). Ce récit entend expliquer comment Jacob a été renommé Israël, qui signifierait « Que Dieu lutte, se montre fort ». Si le nom d'Israël signifie cela, il faut donc qu'il y ait eu une lutte avec Dieu à un moment donné.

Cette même nuit, Jacob se leva, Prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants Et passa le gué du Yabboq. Il les prit et leur fit passer le torrent, Et il fit passer aussi tout ce qu'il possédait. Et Jacob resta seul. Et quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore.Voyant qu'il ne le maîtrisait pas, Il le frappa à l'emboîture de la hanche, Et la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui. Il dit : "Lâche-moi car l'aurore est levée ", Mais Jacob répondit : " Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni ". Il lui demanda : " Quel est ton nom ? " " Jacob, répondit-il ". Il reprit :" On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, Car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes Et tu l'as emporté ". Jacob fit cette demande : " Révèle-moi ton nom, je te prie ", Mais il répondit : " Et, pourquoi me demandes-tu mon nom ?" Et, là même, il le bénit. Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel, " Car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve ".Au lever du soleil, il avait passé Penuel Et il boitait de la hanche. (Gn 32.22-31)

Ce passage de la Bible est l'un des plus commentés et interpêtés par les juifs et les chrétiens. Il symbolise notamment l'exil, la rencontre d'un obstacle, la lutte avec Dieu, les marques et blessures que laisse le combat sur l'homme, l'obstination dans la lutte face à l'obstacle, face à Dieu, la demande d'alliance, le passage de la violence à la parole, les traces du passé (Dieu semble évoquer les combats antérieurs de Jacob, notamment avec son frère), le changement d'identité, la bénédiction puis l'ouverture vers l'avenir.
Cette scène a inspiré de nombreux poètes, écrivains, philosophes, et plusieurs grands peintres l'ont représenté (Delacroix, Doré, Chagall...).