L'Algérie française
À la suite d'un contentieux entre le régent ottoman d'Alger, le Dey Hussein et le consul de France à Alger, plus de 30 000 soldats français débarquent dans la Baie de Sidi Ferruch le 14 juin 1830. L'armée turque battue, la domination française se met difficilement en place dans cette région d'Afrique du Nord que l'on ne nomme pas encore Algérie (l'emploi du terme semble remonter à 1839), car le désordre est général : les Gouverneurs français improvisent leur politique au gré de leurs tempéraments tandis que plusieurs foyers de résistance au pouvoir français s'organisent.
Dès 1835, une politique d'occupation restreinte est négociée par le général Bugeaud auprès du leader de la rébellion musulmane, Abd el Kader. Le traité de la Tafna est ratifié le 30 mai 1837 : la France conserve Oran, Alger, le Sahel et une partie de la vallée de la Mitidja, et elle reconnaît Abd el Kader souverain des deux tiers de l'Algérie. Quelques mois plus tard, pourtant, Constantine est conquise par la France et l'idée s'impose peu à peu de faire de l'Algérie une colonie de peuplement afin de consolider la conquête militaire. L'offre de concessions terriennes suscite d'ailleurs un véritable engouement : les concessionnaires arrivent de France, de Suisse, d'Allemagne, par groupes d'un même village ou d'une même ville. La colonisation est assistée par l'armée qui ouvre des routes, construit des villages et défriche : de 1842 à 1845, trente-cinq centres sont créés et 105 000 hectares concédés. Les immigrants continuent d'affluer ; on en compte plus de 46 000 en 1845 auxquels viennent s'ajouter 1880 demandes de concessions. Très vite la population européenne en Algérie s'élève à plus 100 000 personnes, dont 47 000 Français.
Qu'ils soient tochavim (« indigènes », c'est-à-dire de culture arabo-berbère) ou megorachim (« les chassés », de culture séfarade, venus de la Péninsule Ibérique), la plupart des Juifs d'Algérie, maltraités sous la domination ottomane, voient d'un bon oeil l'arrivée de la France en Algérie, et des liens privilégiés se créent entre ces Juifs et les colons européens. Dans les villes, ceux-ci sont entrepreneurs, fonctionnaires et employés, tandis que les colons ruraux développent les cultures du blé et de la vigne. Les réseaux routier et ferroviaire se développent.
Dès le 15 avril 1845, une partie du territoire est assimilée au régime de la métropole et les territoires restés fidèles à Abd el Kader sont razziés et ravagés. Ce dernier, après un court exil au Maroc d'où il est expulsé, se rend aux Français en 1847. La Constitution de 1848 proclame alors l'Algérie comme faisant partie intégrante du territoire français. Durant les années 1850, l'armée française s'emploie à soumettre les deniers îlots de résistance musulmane comme la Grande Kabylie.
Arrivé au pouvoir, Napoléon III vise l'égalité entre Européens et Indigènes (Musulmans et Juifs) et propose un « partage »: les terres aux Indigènes, le commerce et l'industrie aux Européens. Ce projet suscite évidemment le mécontentement des colons ruraux qui entrent en conflit avec le gouvernement français. En 1865, L'Empereur fait proclamer par un senatus-consulte que l'Indigène est l'égal du Français : il a désormais la possibilité d'accéder aux emplois civils et militaires et, à sa demande, d'obtenir sa naturalisation. Cependant, peu d'Indigènes acceptent cette offre. Avec l'instauration du régime parlementaire, en avril 1870, la victoire des colons se confirme et la politique « arabophile » de Napoléon III est abandonnée.
Après la guerre de 1870, le gouvernement de la Défense Nationale attribue d'office la nationalité française aux Juifs d'Algérie par le « Décret Crémieux ». Ainsi, à une époque où la présence française est de plus en plus menacée dans cette colonie, on crée plus de 35 000 nouveaux citoyens français. Les violentes insurrections musulmanes qui s'ensuivent en Kabylie, en 1871, sont réprimées dans le sang. L'administration militaire peut dès lors laisser le pouvoir à l'administration civile qui transforme l'Algérie en une véritable « petite république française ». A partir de 1881, toutes les affaires algériennes sont réglées par Paris. En 1889, une loi accorde la nationalité française aux Européens non Français (âgés de 21 ans) nés en Algérie.
En 1896, la population d'origine européenne s'élève à 578 000, et le nombre des natifs en Algérie est plus important que celui des immigrants. Au tournant du XXème siècle, la colonisation rurale régresse au profit de la colonisation urbaine qui explose. Des dizaines de milliers d'étrangers non-Français débarquent dans les villes algériennes. En 1900, un nouveau statut est donné à l'Algérie qui bénéficie d'un budget spécial et d'un gouverneur général détenant tous les pouvoirs. Le système électoral assure aux Européens le maintien de leur prépondérance.
La Première Guerre mondiale touche durement l'Algérie : 155 000 Algériens d'origine européenne et 170 000 Algériens arabo-berbères combattent en Europe. 47 000 d'entre eux seront tués à part égale.
En 1930, les manifestations pour saluer le Centenaire de la prise d'Alger sont ressenties comme une provocation par la population musulmane. Le projet de loi Blum-Viollette pour l'octroi de droits politiques à certains Musulmans est refusé à l'unanimité lors du congrès d'Alger du 14 janvier 1937.
La Seconde Guerre mondiale mobilise à nouveau la population algérienne qui payera un lourd tribut. Le 8 mai 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale prend fin en Europe, des manifestations nationalistes musulmanes sont durement réprimées par l'armée française : entre 10 000 et 45 000 Indigènes sont tués à Sétif et Guelma près de Constantine.
À partir de là, les luttes politiques s'intensifient : les élections législatives de 1946 sont un succès pour l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas qui remporte onze des treize sièges réservés à l'Algérie à l'Assemblée nationale. La loi sur le statut de l'Algérie est promulguée en septembre 1947 : l'Algérie reste composée de trois départements et le pouvoir est représenté par un gouverneur général nommé par le gouvernement français. Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj obtient une large victoire lors des élections municipales d'octobre 1947. Ce parti devient la cible de la répression des autorités françaises. En avril 1948, des fraudes massives ont lieu lors des élections de l'Assemblée algérienne : par des intimidations, l'armée force les populations à voter, les urnes sont également remplies d'avance, et les populations les plus rebelles ne sont pas convoquées. Trente-six des cinquante-neuf candidats du MTLD sont arrêtés. Les Musulmans (Berbères et Arabes) représentent alors près de 90% de la population totale algérienne. L'écart de niveau de vie est resté très important entre Européens et Musulmans et nombre de ces derniers, se sentant lésés et spoliés, sont séduits par les idées nationalistes et indépendantistes.
En novembre 1954 est créé le Front de Libération Nationale (FLN). Sa branche militaire, l'Armée de Libération Nationale (ALN) entamme alors la lutte armée, qui se traduit, au début, par des attentats ciblés contre des installations militaires, des commissariats, des entrepôts, des équipements de communication et des bâtiments publics, principalement en Kabylie et dans les Aurès. En à peine deux ans l'on dénombre près de 1000 attentats. En 1955 le gouvernement français déclare l'état d'urgence et le contingent est considérablement renforcé, totalisant 80 000 soldats.
La communauté internationale penche plutôt en faveur des nationalistes algériens et accuse la France. En 1956, le nouveau président du Conseil, Guy Mollet, est partisan d'une indépendance algérienne rapide, mais son parti n'obtient pas la majorité parlementaire en Algérie et les affrontements s'amplifient. Le contingent français en Algérie compte 400 000 soldats en juillet 1956. La répression est sévère mais le FLN, essentiellement armé et financé par l'Egypte, riposte. Le gouvernement Mollet se trouve embourbé dans un engrenage infernal : aux exactions de l'armée française répondent les attentats du FLN, désormais aveugles. À partir de 1958, l'ALN, dont les rangs ne cessent de grossir, se lance dans une véritable guérilla contre l'armée française. Les fellaghas (combattants nationalistes algériens) combattent sans relâche, durant des années, les troupes françaises essentiellement constituées de jeunes appelés. Le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) voit le jour au Caire le 19 septembre 1958.
À l'aube des années 1960, la population métropolitaine française est largement favorable à l'indépendance de l'Algérie, comme le prouve le référendum organisé par le général de Gaulle le 8 janvier 1961. Des négociations s'ouvrent par conséquent à Evian, les deux problèmes majeurs étant le sort des Français d'Algérie et le Sahara où des gisements de pétrole ont été découverts. Dans le même temps se crée l'Organisation Armée Secrète (OAS), mouvement clandestin terroriste s'opposant à toute négociation avec les indépendantistes et prônant le maintien de l'Algérie française. L'OAS commet de nombreuses actions violentes et meurtrières, en Algérie comme en métropole.
Le 27 mars 1962, le gouvernement français signe les accords d'Évian qui aboutissent à un accord de cessez-le-feu avec le FLN. Le 1er juillet 1962, le peuple algérien obtient, par référendum, l'indépendance. En deux mois, 900 000 « Pieds-noirs » sont « rapatriés » d'Algérie, ainsi que 91 000 Harkis (Musulmans ayant combattu pour la France contre les indépendantistes). Mais des dizaines de milliers de Harkis ne furent pas soutenus par la France, durent rester en Algérie et furent massacrés, en représailles, par les indépendantistes.
Le bilan humain de ces huit années de guerre est difficile à évaluer, mais beaucoup d'historiens s'accordent à dire qu'il se situe entre 300 000 et 600 000 morts côté Musulman et à environ 80 000 morts côté Européen (civils et Harkis compris).
Opération Torch
L'Opération Torch désigne le débarquement allié de novembre 1942 en Afrique du Nord (Maroc et Algérie).
Alors que les îles britanniques ont évité l'invasion allemande en repoussant, au cours de la Bataille d'Angleterre, les assauts répétés et incessants des forces aériennes allemandes de Goering, les troupes hitlériennes se trouvent à l'est, aux portes de Stalingrad. L'Union Soviétique se trouve donc dans une position plus que délicate et au bord de la rupture. Elle fait pression sur les Alliés pour qu'ils ouvrent un second front.
Le choix de l'Afrique du Nord ne va pas de soi : le président américain Roosevelt et le général Marshall pensent d'abord à un débarquement sur les côtes de la Manche. Mais de son côté, l'anglais Churchill pense aux intérêts britanniques en Afrique, où le canal de Suez est à la portée de l'ennemi. Surtout, il estime que débarquer sur le continent européen représente de trop gros risques à ce stade, et il lui parait préférable de s'orienter vers une offensive moins directe, en Afrique. Si les Alliés réussissaient à y repousser les troupes de l'Afrika Korps de Rommel, l'Afrique du Nord permettrait ensuite de disposer d'une plate-forme pour un projet plus ambitieux qui concernerait toute l'Europe méridionale. Après quatre jours de négociations, le général Marshall confie au général Eisenhower ce nouveau commandement et le projet est baptisé «Opération Torch » (flambeau).
Le 5 septembre 1942, les négociateurs alliés s'accordent pour désigner Casablanca, Oran et Alger comme les cibles principales du débarquement allié en Afrique du Nord. Mais un problème de taille se pose : le Maroc et l'Algérie sont sous domination de la France de Vichy qui collabore avec l'Allemagne nazie. Il s'agit donc, pour les autorités américaines et britanniques, de négocier avec les résistants d'Afrique du Nord, menés par Roger Carcassonne à Oran et José Aboulker à Alger.
Le consul Murphy, représentant personnel du Président Roosevelt en Afrique du Nord, juge possible le ralliement des Vichystes à la cause alliée, malgré leurs déclarations et leurs actes concrets de collaboration. À la suite de longs mois de négociations entre les chefs de la Résistance et les représentants américains, il est finalement décidé que lors du débarquement allié, les principales personnalités et les points stratégiques d'Afrique du Nord devront être neutralisés pendant plusieurs heures, afin de permettre aux Alliés d'effectuer leur intervention sans heurts. Les accords entre les États-Unis et la Résistance sont « officiellement » sanctionnés au cours d'une réunion clandestine tenue à Cherchell, non loin d'Alger, le 23 octobre 1942.
L'ensemble des troupes terrestres alliées sont placées sous la responsabilité du général Eisenhower qui effectue, pour l'occasion, son baptême du feu dans une opération majeure. Quant aux forces navales, elles sont commandées par l'amiral Cunningham auquel est adjoint l'amiral Ramsay qui a établi du côté allié l'essentiel du plan d'attaque de l'opération Torch, à partir des notes militaires établies par le colonel français Jousse, membre de l'organisation de résistance d'Alger.
Les forces fascistes italiennes et nazies allemandes n'agissant alors qu'en Tunisie, la réussite de l'opération dépend surtout du comportement des troupes françaises (110 000 hommes) stationnées sur les différents sites de débarquement. Quelles vont être les positions du général Juin, commandant des forces françaises d'Afrique du Nord, et du Général Noguès, Président général au Maroc, face aux ordres de Pétain ?
Le soir du 7 novembre 1942, 400 résistants volontaires (dont une majorité de Juifs) arrêtent les principaux généraux vichystes et chefs collaborationnistes, puis neutralisent leur Corps d'Armée d'Alger pour permettre le succès du débarquement allié.
À Oran, le chef des résistants, Roger Carcassonne, veut se faire aider par le colonel Tostain pour réaliser la neutralisation des points stratégiques. Mais ce dernier avertit, de son propre chef, le général Boisseau, commandant de la place, en lui demandant de prendre la direction de la résistance. Ce dernier met immédiatement Tostain aux arrêts et déclenche un dispositif d'alerte dans son secteur. Carcassonne, pour ne pas risquer d'envoyer ses hommes au carnage, doit décommander l'opération. Il se borne seulement à maintenir certaines interventions de sabotage et de guidage des parachutistes alliés, ainsi que la protection des installations portuaires. Ainsi ces équipements allaient-ils pouvoir rester utilisables par les Alliés après la prise d'Oran. La tentative de putsch échoue également au Maroc, du fait du même type d'imprudence.
Le 8 novembre 1942, à l'aube, les premiers vaisseaux de l'Opération Torch abordent les plages d'Afrique du Nord. L'opération mobilise 107 000 soldats américains et britanniques, dont plus de 70 000 destinés au débarquement en Algérie. La flotte alliée atteint assez rapidement ses différents objectifs, à la surprise de ses équipages, sans avoir été inquiétée par les sous-marins de l'Axe (Allemagne, Italie, Japon) qui l'attendaient plus loin, du côté de Malte. Un seul vaisseau est perdu, le Thomas Stone, touché par un avion allemand.
Grâce à la coopération efficace des résistants sur place, Alger est très vite conquise par les Alliés. À Oran et au Maroc, il en va tout autrement : de violents combats voient s'affronter durant trois jours les forces vichystes et alliées. Le bilan humain est de 1346 morts français et 479 morts alliés, ainsi que 1997 blessés français et 720 blessés alliés. Les responsables de l'Armée française en Algérie, son commandant en chef Juin et l'amiral Darlan, sont contraints sous la menace d'ordonner le cessez-le-feu à Oran et au Maroc.
L'Opération Torch est un événement très important de la Seconde Guerre mondiale car elle a permis aux forces alliées de prendre position sur le sol africain et d'atteindre les objectifs militaires fixés. La campagne de Tunisie pourra ensuite être lancée contre l'Afrika Korps allemand et l'armée italienne, chassées de Libye (bataille d'El Alamein) par l'armée britannique.
Mouloud Feraoun
Mouloud Feraoun est né le 8 mars 1913 à Tizi Hibel, village de Haute Kabylie en Algérie. Son nom kabyle est Aït-Chabane, Feraoun étant le nom attribué par l'état-civil français. En 1928, âgé de 15 ans, il entre à l'École Primaire Supérieure de Tizi-Ouzou, la capitale culturelle de la Kabylie, puis, en 1932, à l'Ecole Normale d'Instituteurs de la Bouzaréa à Alger. Il y fait la connaissance d'Emmanuel Roblès avec qui il se lie d'amitié et partage le goût de la littérature. En 1935, il est nommé instituteur à Tizi-Hibel où il épouse sa cousine Dehbia dont il aura 7 enfants. Il se lance dans l'écriture, publie ses premières oeuvres et écrit dans différentes revues. En 1946, il est muté à Taourirt-Moussa en Kabylie. Il est l'ami d'Albert Camus avec qui il entretient une correspondance.
En 1952, il est nommé directeur du Cours Complémentaire de Fort-National près de son village natal. En 1953 paraît son roman La terre et le sang qui obtient le Prix du roman populiste. En 1957, Feraoun est nommé directeur de l'Ecole Nador de Clos-Salembier, et il quitte alors la Kabylie pour les hauteurs d'Alger.
En 1960, il est nommé Inspecteur des Centres Sociaux à Château-Royal près de Ben-Aknoun à Alger. Avec cinq de ses collègues, c'est là qu'il est assassiné par l'organisation terroriste OAS, le 15 mars 1962, à quelques jours de l'indépendance de l'Algérie.
Mouloud Feraoun fut l'une des plus grandes figures de la littérature francophone algérienne de son époque.




