BEYROUTH - ILLUMINATIONS
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En mai 2000, lors d'un séjour d'un mois à Byblos avec huit autres auteurs, Mohamed Kacimi a été en contact profond avec le Liban. Dans un texte très puissant, il livre la réflexion que lui ont inspirée le pays et les hommes : « J'avoue que Beyrouth fut pour moi un rêve d'adolescent. Beyrouth m'a sauvé du lyrisme et de la révolution, » écrit-il. Ces deux phrases résument l'originalité de l'approche de Mohamed Kacimi, et le mélange des registres pour évoquer ce pays. |
LYRISME d'abord, « lyrisme... presque inné » pour peindre un Liban mythique :
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« Ce sont des villes ! C'est un peuple pour qui se sont montés ces Libans de rêve ! Des chalets de cristal et de bois qui se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune brûle et hurle. » |
La MUSICALITE de la phrase est toujours présente, héritée du Coran dont la poésie a nourri l'enfant d'El-Hamel, ce Coran dont Mohamed Kacimi dit qu' « il n'est que rythmique », qu'il fonctionne sur l'assonance et dont la musicalité prime sur la signification.
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Mais la cruauté de la réalité est suggérée par les adjectifs en totale discordance avec le lyrisme. Mohamed Kacimi montre ainsi avec REALISME le Liban qu'il a découvert : défiguré par la guerre et la société de consommation, et surtout , un Liban amnésique. Symbole de DESTRUCTION, le théâtre d'Al Madina : |
Ruines, laideur, misère, emprise d'une religion fanatique sont traduits par la phrase syncopée, le prosaïsme du lexique. Les métaphores sont détournées de leur fonction d'idéalisation, elles évoquent la destruction d'un monde qui a perdu sa lumière. Le lexique devient celui du saccage, de l'obscurité, de l'étouffement.
Liban sous LA COUPE DES IMAMS : « Et les murs répètent et /.../ crient au visage : Allah, Allah, Allah. », mais Liban investi aussi par l'HORREUR DU MONDE MATERIALISTE :
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« Achrafieh, rue Monot, les façades ocre et bleues jettent leurs bougainvilliers sur les vitrines transparentes de Casio, des grappes de Mercedes noires et des caravanes de Jaguars déversent des cortèges de jeunes filles vêtues en minijupes noires, cigare au bec, au milieu d'une haie de miliciens en Ray Ban qui ont recyclé leurs kalachnikovs en nokias cellulaires. » |
Surtout, M. Kacimi montre LE LIBAN, cette terre de mémoire ( les écrivains sont accueillis à Byblos ! ) devenu totalement AMNESIQUE DE SON HISTOIRE RECENTE. La citation de Rabbi Naham de Braslav : « L'avenir appartient à ceux qui auront la mémoire la plus longue » - citation placée en exergue - montre combien est dangereuse pour le pays et douloureuse pour l'auteur la volonté d'oubli d'un passé qui encombre. M. Kacimi rapporte un dialogue, à la Closerie des Lilas ( !) à Beyrouth :
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« -Vous venez de Paris ? |
M. Kacimi découvre qu' « il n'y a plus de Beyrouth, cette ville ne tombe pas en poussière, elle se reconstruit en débris d'âme et de mémoire. »
Seuls ont été épargnés LES TEMPLES DE L'ARGENT :
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« Les balles ont tout griffé, blessé, marqué, mais toutes ont contourné, avec une délicatesse d'homéopathie, le boulevard des banques, il en est sorti indemne et même clinquant de ce Verdun du soleil qui aura duré dix- sept ans et fait cent quarante mille morts, mais qui n'a pas laissé un grain de poussière sur la façade de la Bourse. Tel est le génie de la civilisation libanaise : pouvoir ravager l'eau et l'écriture, le feu et la chair, brûler l'air et l'amour, mais éviter soigneusement de froisser le moindre billet vert. » |
À la question posée par le narrateur « -Et la mémoire ? », la réponse, par la DERISION est signifiante :
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« -Ah, non, on n'a plus de place ni sur le disque virtuel ni sur le dur, nous, on enregistre depuis Sumer, vous voyez un peu le volume en giga, saturé, même mon fils hier il me demande : papa pourquoi il y a après Jésus puisque tout s'est passé avant chez nous ? » |
La révolte de l'auteur contre cet oubli volontaire culmine dans une des dernières images du texte :
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« ... (le) B 52, c'est la boîte la plus branchée de Beyrouth, la piste de danse est magique ; / ... / sous la piste de danse il y a un charnier palestinien. » |
BEYROUTH - ILLUMINATIONS dans sa brièveté est très représentatif de l'art de Mohamed Kacimi : une écriture variée, expressive, percutante par les rythmes, les sonorités, les registres - du plus poétique au prosaïque -, usant de la dérision, du sarcasme et de l'humour pour dénoncer certaines réalités insupportables.





