Haïti
Découverte par Christophe Colomb le 5 décembre 1492, cette île des grandes Antilles fut appelée « Hispaniola ». Elle était alors peuplée par environ trois cent mille Arawaks, Caraïbes et Tanios. Les Espagnols exploitèrent l'île pour son or et les Amérindiens furent pour la plupart soit réduits en esclavage et obligés d'aller travailler dans les mines, soit massacrés, de sorte qu'en quelques décennies, la population indigène fut décimée. Les Espagnols décidèrent alors de les remplacer par une main d'oeuvre abondante originaire d'Afrique.
L'ouest de l'île étant négligé par les colons espagnols, des 'boucaniers' - ou coureurs de bois français, s'y établirent peu à peu, puis des colons organisèrent des plantations et des villes. En 1697, le Traité de Ryswick partagea l'île entre la France et l'Espagne, et au XVIIIème siècle, la partie occidentale devint la colonie française de Saint-Domingue. Grâce à l'industrie sucrière, ce fut la plus riche de toute l'Amérique. Les Français importèrent eux aussi des esclaves et mirent en application le Code noir rédigé par Colbert.
br>
La Révolution française entraîna l'abolition de l'esclavage en 1793. Toussaint Louverture, fils d'un esclave noir, fut nommé Gouverneur après avoir rétabli la paix et chassé les Espagnols et les Anglais qui menaçaient la colonie. Il rétablit la prospérité par des mesures audacieuses, mais il alla trop loin en promulguant une constitution autonomiste qui lui donnait les pleins pouvoirs à vie. Sous l'influence des créoles et des négociants, Napoléon Bonaparte envoya une expédition de 30 000 hommes en vue de démettre Louverture et de rétablir l'esclavage. Arrêté, Toussaint L'Ouverture fut emmené en captivité en France où il mourut le 7 avril 1703. En 1804, Dessalines proclama l'indépendance d'Haïti et lui redonna son nom amérindien (Ayiti qui signifie « La montagne dans la mer ») afin de rompre avec les appellations française et espagnole.
Jusqu'au début du XXème siècle, le pouvoir ne cessa d'être contesté par des factions de l'armée, les élites mulâtre et noire, et la classe marchande (elle-même composée d'un grand nombre d'étrangers), ce qui appauvrit le pays. Après l'occupation américaine qui dura de 1915 à 1934, le pays connut la dictature des Duvalier de 1957 à 1986 qui instaurèrent un système de délation et mirent en place les escadrons de la mort surnommés les Tontons Macoute. Les exilés affluèrent en Amérique du Nord et c'est parmi eux que se trouva Jean-Bertrand Aristide qui remporta les élections de 1990 et qui ne repartit en exil qu'en 2004 par suite des manifestations populaires et des pressions exercées par la France et les Etats-Unis.
Vaudou
Le Vaudou (ou Vodoun de par sa prononciation) est un culte animiste originaire de l'ancien royaume du Dahomey correspondant au Bénin et au Togo actuels. À partir du XVIIIème siècle, les esclaves originaires de cette région d'Afrique répandirent le culte vaudou aux Antilles et en Amérique. On le retrouve donc sous différentes formes à Cuba, en Haïti, au Brésil et aussi en Louisiane, aux États-Unis. Vaudou est l'adaptation d'un mot Yoruba signifiant « dieu ». Le Vaudou désigne donc l'ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance. Il est l'affirmation d'un monde surnaturel, mais aussi l'ensemble des procédures permettant d'entrer en relation avec celui-ci. En Haïti, le Vaudou mélange les pratiques d'Afrique de l'Ouest et le folklore religieux chrétien.
Essentiellement, religion d'esclaves, le Vaudou a eu une grande importance dans leurs révoltes, et il conserve aujourd'hui une importance politique non négligeable. Chaque année au mois de juillet, plus de 70.000 personnes se rendent au lieu dit Le Saut d'Eau. Pendant quatre jours, elles se livrent à des ablutions, appelées les 'bains de chance', car selon la croyance populaire, des esprits qui font le bien quand on les prie suffisamment nichent dans la cascade, la gorge et les arbres. Les visiteurs étrangers y sont admis mais doivent montrer une extrême retenue. La religion Vaudou a longtemps été réprimée et diabolisée. Les clichés, lieux communs et fantasmes véhiculés par le passé sont encore perceptibles. Ainsi, lorsque l'on dit s'inspirer du Vaudou, on relie celui-ci au satanisme, au cannibalisme, à la sorcellerie et aux envoûtements. L'objet qui représente le mieux cette perception est certainement la poupée Vaudou, instrument magique de torture. Il y a cependant certaines personnes qui tendent à s'inspirer de la réalité du Vaudou et non à ces clichés fantastiques et autres affabulations.
Ernesto « Che » Guevara
Ernesto Rafael Guevara de la Serna, plus connu sous le nom de Che Guevara ou 'Le Che' est né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine. Alors qu'il est jeune étudiant en médecine, Guevara voyage à travers l'Amérique latine, ce qui le met en contact direct avec la pauvreté dans laquelle beaucoup de gens vivent alors. Son expérience et ses observations pendant ces voyages l'amènent à la conclusion que les inégalités socio-économiques peuvent seulement être changées par la révolution. Après plusieurs voyages en Amérique latine, il rejoint le Mouvement du 26 juillet dirigé par Fidel Castro qui finit par prendre le pouvoir à Cuba en 1959. Guevara occupera plusieurs postes importants dans le gouvernement cubain. Il sera procureur d'un tribunal révolutionnaire qui exécute plusieurs centaines de policiers, militaires, mais aussi de nombreux civils, jugés coupables de crimes de guerre. Il créera des camps de travail, puis échouera en partie en tant que ministre chargé de l'industrialisation du pays. Pendant ces années, il écrit plusieurs ouvrages sur la pratique de la révolution et de la guérilla. En 1965, il quitte Cuba avec l'intention d'étendre la révolution au reste de l'Amérique latine. Capturé en Bolivie, il est exécuté sommairement par l'armée bolivienne avec le soutien de la CIA. Après sa mort, Che Guevara est devenu une icône pour les mouvements révolutionnaires marxistes du monde entier. Une photo, prise par Alberto Korda, a donné de lui l'image d'un héros romantique des temps modernes.
Communisme
Au niveau théorique, le communisme est une conception de société sans classe, une organisation sociale fondée sur la possession commune des moyens de production et qui peut être classée comme une branche du socialisme. Il part de l'adage « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins ». Son plus célèbre théoricien fut Karl Marx (1818-1883).
Au niveau politique, le communisme désigne une variété de mouvements qui affirment chercher à établir à terme une telle société. On trouve parmi les communistes une considérable variété d'interprétations principalement portées par les courants marxistes mais aussi anarchistes et chrétiens. Une première division s'est opérée entre l'anarchisme (défendu notamment par Bakounine) et le marxisme au sein de la Première Internationale (1864-1872), les anarchistes prônant l'autogestion et l'annihilation définitive de l'Etat pour parvenir au bonheur du peuple tandis que les marxistes prônent le remplacement de l'Etat bourgeois par un Etat communiste pour atteindre cet objectif.
Néanmoins, les courants communistes qui se sont le plus distingués par leur influence sur l'ordre politique mondial depuis le début du XXe siècle se sont réclamés du marxisme, soit directement (dans la lignée du Manifeste du Parti communiste rédigé par Marx et Engels en 1848) soit indirectement (léninisme). La lutte des classes, c'est-à-dire l'affrontement entre la classe ouvrière et la classe capitaliste, joue un rôle central dans la théorie marxiste ainsi que dans beaucoup d'autres tendances communistes. Le marxisme envisage que la classe exploitée (le prolétariat) s'émancipera en renversant la domination de la classe exploiteuse (la bourgeoisie) pour atteindre l'égalité (la société sans classe).
Au cours du XXe siècle de nombreux pays connurent des régimes d'inspiration marxiste et de ses différents courants. En Europe ce fut le cas en URSS (union de 15 républiques, la principale étant la Russie) ainsi que de nombreux pays d'Europe de l'Est : Yougoslavie, Bulgarie, Roumanie, Pologne, Tchécoslovaquie, République Démocratique Allemande, Hongrie, Albanie. En Asie de tels régimes s'installèrent au pouvoir en Chine, au Vietnam, au Cambodge, en Corée du Nord et en Afghanistan. Ailleurs ce fut notamment le cas en Angola et à Cuba.
Politique cubaine
L'île de Cuba, découverte par Christophe Colomb en 1492, devient dès le XVIe siècle une colonie espagnole exploitée d'abord pour son or puis pour les cultures de tabac, de canne à sucre et de café. Soutenues par les Etats-Unis, des luttes pour l'indépendance naissent dès le milieu du XIXe siècle et s'intensifient à partir de 1895, date à laquelle éclate une véritable guerre d'indépendance qui fera plus de 200 000 morts en quelques années. En 1898 le traité de Paris met fin au conflit et marque la fin de l'occupation espagnole. Un gouvernement militaire d'occupation est alors mis en place par les États-Unis.
Le 20 mai 1902, les forces armées américaines évacuent le territoire cubain (à l'exception de Guantánamo et de Bahía Honda) et la République de Cuba est officiellement créée. Toutefois, l'amendement « Platt » stipule que les États-Unis conservent des bases navales et sont garants de la constitution. À la demande des dirigeants cubains, ils interviennent d'ailleurs quatre fois, en 1906, 1909, 1917 et 1919.
La culture de la canne à sucre fait de Cuba une république prospère qui commerce presque exclusivement avec les Etats-Unis, l'industrie sucrière étant principalement détenue par des investisseurs américains. Mais dans les années 1910, l'Europe développe la culture des betteraves sucrières et devient un sérieux concurrent. A ceci s'ajoute le krach économique américain de 1929 qui aggrave la mauvaise situation économique cubaine. S'ensuit un climat social explosif, une situation économique très problématique et une configuration politique dangereuse : le banditisme se répand dans les campagnes, les grèves se multiplient, les manifestations sociales tournent à l'émeute et sont réprimées dans le sang faisant plusieurs milliers de morts. Tout ceci mène à l'effondrement du gouvernement du général Gerardo Machado en 1933. L'ambassade américaine nomme alors président Carlos Miguel de Cespedes provoquant une regain de nationalisme cubain et d'anti-américanisme. C'est finalement une junte militaire menée par Fulgencio Batista qui s'installe au pouvoir.
Celui-ci passe des accords avec les organisations syndicales et étudiantes ; il utilise la force armée pour rétablir l'ordre, négocie avec les communistes « disciplinés » qu'il promeut contre les anarcho-syndicalistes ; et enfin, il use de son influence en faveur de la multiplication des protections sociales et nationalistes dans le but de restaurer la paix sociale et la solidarité nationale cubaine. De sorte qu'il devient l'homme fort du pays, faisant et défaisant les présidents cubains, cela d'autant que depuis 1934 l'amendement « Platt » est abrogé et les Etats-Unis n'ont plus de droit d'ingérence officiel sur la politique et l'économie cubaines. Élu démocratiquement à la présidence en 1940, il fait de Cuba un pays relativement riche.
Toutefois, la contestation du régime augmente au sein du peuple qui dénonce la corruption et la coopération poussée avec les Etats-Unis. En 1953, des rebelles, menés par le jeune avocat Fidel Castro, tentent sans succès de prendre d'assaut la caserne de Moncada, à Santiago de Cuba. Trois partisans de Castro meurent au combat, 68 autres sont exécutés et Castro est lui-même arrêté mais bénéficie d'une intervention de l'archevêque de Santiago qui lui évite l'exécution. Deux ans plus tard, il est amnistié par Batista et exilé au Mexique où il rencontre un jeune médecin révolutionnaire argentin, Ernesto Che Guevara.
Au fil des ans, le régime de Batista fait réapparaître la pauvreté et avec elle, le jeu et la prostitution, contrôlés par les gangs nord-américains. Castro et Guevara reviennent à Cuba en décembre 1956. Leur guérilla est soutenue par la population, notamment dans la province d'Oriente. En mai 1958, Batista lance 12 000 hommes contre la guérilla castriste lors de « l'offensive d'été » qui échoue trois mois plus tard. Castro mène alors une contre-offensive qui débouche sur une guerre civile le long de la Sierra Maestra dans l'est jusqu'au centre du pays, empêchant de procéder à la récolte saisonnière de la canne à sucre. La classe dirigeante abandonne alors Batista qu'elle rend responsable de la détérioration de la situation économique et sociale tandis que les guerilleros bénéficient du soutien croissant des populations.
Le 1er janvier 1959, Fulgencio Batista s'enfuit à Saint-Domingue tandis que Fidel Castro fait son entrée à La Havane. Manuel Urrutia est nommé président, alors que Fidel Castro est nommé commandant en chef de l'armée puis premier ministre, prenant rapidement des mesures autoritaires: censure de la presse ; mise au pas de la justice et des syndicats ; création des Comités de Défense de la Révolution qui surveillent la population. En juillet 1961, l'organisation intégrée révolutionnaire (ORI) voit le jour, née de la fusion du mouvement du 26 juillet de Castro, du Parti socialiste du peuple (l'ancien parti communiste) mené par Blas Roca et du directoire révolutionnaire du 13 mars de Faure Chomon. Castro, Guevara et le Lieutenant Raul (frère cadet de Fidel Castro) donnent une orientation pro-soviétique et « marxiste-léniniste » à la politique cubaine.
Cuba entre donc en conflit avec les Etats-Unis. En 1961, ceux-ci échouent à reprendre l'île lors du débarquement de la Baie des Cochons. Après la mise en place du blocus, en 1962, ils frappent l'île d'un embargo commercial et diplomatique qui ne sera allégé qu'en 2006, autorisant les échanges commerciaux pour certains produits, notamment alimentaires. Le 3 octobre 1965, le Parti communiste de Cuba devient le parti unique du pays avec Castro comme premier secrétaire.
Le 19 février 2008, malade et affaibli, Fidel Castro annonce son retrait de la présidence cubaine. Son frère Raul prend sa succession le 24 février.
Négritude
Le terme est forgé en 1935 par Aimé Césaire dans le numéro 3 de la revue des étudiants martiniquais L'Étudiant noir. Il revendique l'identité noire et sa culture, d'abord face à une francité perçue comme oppressante et instrument de l'administration coloniale française (Discours sur le colonialisme). Césaire l'emploiera de nouveau en 1939 lors de la première publication du Cahier d'un retour au pays natal. Le concept est ensuite repris dans les Chants d'ombre de Léopold Sédar Senghor qui l'approfondit en opposant «la raison hellène» à «l'émotion noire». La naissance du concept de négritude et celle d'une revue, Présence africaine, va faire l'effet d'une déflagration. Elle rassemble des intellectuels, des artistes et des auteurs noirs du monde entier. Jean -Paul Sartre définit alors la négritude comme : « la négation de la négation de l'homme noir ». D'après Senghor, la négritude est « l'ensemble des valeurs culturelles de l'Afrique noire ». Pour Césaire, « ce mot désigne en premier lieu le rejet de l'assimilation culturelle, le rejet d'une certaine image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation» . Il y a donc différentes définitions données du concept selon que leurs auteurs sont Africains, Antillais ou encore blancs. Plus tard certains écrivains noirs et créoles ont critiqué ce concept, jugé trop réducteur : « Le tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie et la dévore » (Wole Soyinka). Césaire lui-même s'en est écarté, jugeant le terme proche du racisme. L'essayiste béninois Stanislas Spero Adotevi livra en 1972 une critique sévère du concept de négritude dans son pamphlet Négritude et négrologues.




